Arnaques dopées à l’IA : comment protéger votre entreprise

L’IA rend les arnaques aux entreprises plus crédibles : e-mails sans faute, voix imitée, faux changements de numéro de compte. Comment les reconnaître, et les règles simples qui protègent votre entreprise.

Par Agencio Mis à jour le 7 min de lecture

Un fournisseur qui annonce par e-mail un changement de numéro de compte, un appel du « patron » qui réclame un virement urgent et confidentiel : ces arnaques visent les entreprises depuis des années, mais elles sont devenues beaucoup plus crédibles. Grâce à l’intelligence artificielle, les fraudeurs écrivent désormais sans la moindre faute, imitent le ton de vos interlocuteurs et peuvent même reproduire une voix.

Cet article explique ce que l’IA change concrètement pour les fraudeurs, comment reconnaître les arnaques les plus fréquentes et quelles règles simples mettre en place pour protéger votre entreprise.

Ce que l’IA change pour les fraudeurs

Pendant longtemps, une arnaque se trahissait par ses fautes d’orthographe ou ses tournures maladroites. Ce signal n’est plus fiable, car un outil d’IA rédige en quelques secondes un e-mail impeccable, en français comme en néerlandais, et peut reprendre le style d’un fournisseur à partir de quelques-uns de ses messages.

Les fraudeurs peuvent aussi rassembler rapidement ce qui est public sur votre entreprise : le nom et la fonction de vos collaborateurs sur votre site ou sur LinkedIn, un chantier en cours mentionné sur les réseaux sociaux, les partenaires et fournisseurs que vous citez dans vos références. Leur message cite alors de vraies personnes et de vrais dossiers, ce qui le rend beaucoup plus convaincant.

Enfin, l’IA permet d’imiter une voix à partir d’un enregistrement assez court, comme une vidéo publiée en ligne ou un message laissé sur un répondeur. Au téléphone, avec un ton pressé et un peu de bruit de fond, la différence est difficile à percevoir. Des imitations en vidéo existent aussi : en 2024, un employé d’une multinationale à Hong Kong a effectué plusieurs virements après une visioconférence dans laquelle ses collègues étaient en réalité des imitations générées par IA.1

Trois arnaques à connaître

Le faux changement de numéro de compte

Un e-mail d’un fournisseur habituel vous informe que son numéro de compte a changé et vous demande de payer la prochaine facture sur le nouveau. Le message peut provenir d’une adresse presque identique à la vraie, ou de la vraie boîte mail du fournisseur, piratée. Dans certains cas, une facture authentique est interceptée et seul le numéro de compte y est modifié.

La fraude au président

Une personne qui se fait passer pour le dirigeant contacte le comptable ou la personne chargée des paiements. Elle évoque une opération urgente et confidentielle, un rachat ou un fournisseur à payer avant la fin de la journée, et demande un virement sans passer par la procédure habituelle. La demande arrive par e-mail, par WhatsApp ou, de plus en plus, par téléphone avec une voix imitée.

Les faux messages officiels

Un e-mail ou un SMS qui semble venir de votre banque, du SPF Finances ou d’un service de livraison vous invite à cliquer sur un lien pour régulariser une situation. Ces messages existent depuis longtemps, mais l’IA les rend plus soignés et mieux adaptés à chaque destinataire. Le lien mène à une copie du vrai site, destinée à récupérer vos codes d’accès.

Les signaux qui doivent vous alerter

Un message bien écrit n’est plus une garantie. Il vaut mieux se fier au contenu de la demande, et se méfier lorsque plusieurs de ces éléments sont réunis :

  • l’urgence : le paiement doit partir aujourd’hui, sinon un contrat sera perdu ;
  • la confidentialité : il ne faut en parler à personne, pas même au comptable ;
  • un changement dans les habitudes : un nouveau numéro de compte, un nouveau canal de contact ou une procédure de validation à contourner ;
  • une adresse e-mail ou un numéro de téléphone légèrement différents de ceux que vous connaissez ;
  • une pression émotionnelle : flatterie, reproches ou ton inhabituellement sec.

Des règles simples pour protéger votre entreprise

Les fraudes les mieux préparées ne se repèrent pas toujours à l’œil nu. Ce qui protège réellement une entreprise, ce sont des règles de travail que tout le monde applique, même sous la pression :

  • vérifier tout changement de coordonnées bancaires par un autre canal, en appelant le fournisseur au numéro que vous connaissez déjà, jamais à celui indiqué dans le message ;
  • exiger une double validation pour les virements importants, au-delà d’un montant que vous fixez, avec l’accord de deux personnes ;
  • convenir d’un mot de code entre le dirigeant et les personnes chargées des paiements, à demander en cas de demande inhabituelle par téléphone ;
  • prendre au sérieux les avertissements de votre banque : pour les virements en euros, elle vérifie désormais que le nom du bénéficiaire correspond au numéro de compte, et vous prévient en cas de différence ;
  • protéger les boîtes mail de l’entreprise avec une double authentification, car beaucoup de fraudes à la facture commencent par une messagerie piratée ;
  • informer votre équipe, en particulier les personnes qui paient les factures, avec des exemples concrets de ces arnaques.

Dites clairement à votre équipe que personne ne lui reprochera d’avoir pris quelques minutes pour vérifier une demande de virement, même si elle semble venir de vous. La personne chargée des paiements se sentira plus libre de vérifier, même face à une demande pressante.

Que faire en cas de doute ou si le virement est parti ?

En cas de doute, ne répondez pas au message et ne cliquez sur aucun lien. Vérifiez la demande en contactant la personne par un canal que vous connaissez déjà. Vous pouvez transférer les messages suspects à suspect@safeonweb.be, l’adresse du Centre pour la cybersécurité Belgique, qui s’en sert pour avertir d’autres utilisateurs et faire bloquer les faux sites.

Si un paiement a déjà été effectué, chaque minute compte :

  1. contactez immédiatement votre banque pour tenter de bloquer ou de récupérer les fonds ;
  2. portez plainte auprès de la police ;
  3. signalez la fraude au Point de contact du SPF Économie, qui centralise les signalements d’arnaques ;
  4. prévenez le fournisseur ou la personne dont l’identité a été usurpée, car sa messagerie est peut-être piratée.

L’IA peut aussi vous aider à vous protéger

L’IA peut aussi servir de premier filtre. Un assistant qui traite vos factures peut, par exemple, comparer le numéro de compte indiqué avec celui des factures précédentes du même fournisseur, et vous alerter en cas de différence avant que le paiement ne soit préparé.

Cette prévalidation ne remplace ni votre vigilance ni la vérification par téléphone. Elle permet surtout de repérer un changement qui passerait facilement inaperçu dans une pile de factures.

Avec Agencio, ce type de contrôle se met en place comme n’importe quelle autre automatisation. L’assistant n’effectue jamais de paiement et n’envoie rien sans votre accord. Chacune de ses actions est enregistrée, et il vous signale lui-même les informations sur lesquelles il a un doute. Vous trouverez le détail sur la page Sécurité.

Questions fréquentes

Ma banque me rembourse-t-elle si j’ai été victime d’une arnaque ?

Pas automatiquement. Lorsque c’est vous qui avez donné l’ordre de virement, même trompé, la banque n’est en principe pas tenue de vous rembourser. C’est pourquoi il faut la contacter immédiatement : plus l’alerte est rapide, plus les chances de bloquer les fonds sont grandes.

Comment savoir si un e-mail vient vraiment de mon fournisseur ?

Regardez l’adresse complète de l’expéditeur, et pas seulement le nom affiché, car une lettre changée ou une extension différente passent facilement inaperçues. Mais même une adresse correcte ne suffit pas : si la boîte du fournisseur a été piratée, le message vient bien de chez lui. Pour toute demande qui touche à un paiement, la seule vérification fiable reste un appel au numéro que vous connaissez.

Les petites entreprises sont-elles vraiment visées ?

Oui. Les petites structures sont même des cibles intéressantes pour les fraudeurs, car les paiements y reposent souvent sur une ou deux personnes, sans procédure écrite. Quelques règles simples, comme la vérification par téléphone et la double validation, rendent pourtant ces tentatives beaucoup plus difficiles.

En conclusion

Les arnaques décrites dans cet article ne sont pas nouvelles, mais l’IA les rend plus difficiles à repérer : un message sans faute ou une voix familière ne suffisent plus à garantir qu’une demande est authentique. La meilleure protection reste une règle simple, appliquée par toute l’équipe : toute demande qui touche à un paiement se vérifie par un autre canal, avant d’agir.

Pour en savoir plus sur la façon dont les assistants Agencio sont encadrés, consultez la page Sécurité, ou parlons-en lors d’un premier échange.

Source
1. CNN, « Arup revealed as victim of $25 million deepfake scam involving Hong Kong employee », 16 mai 2024 ↩

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